Les lacs d'origine glaciaire



Lac du BourgetLes lacs glaciaires représentent sans aucun doute le plus bel héritage que les glaciers du quaternaire nous ont légué.  Ce sont les glaciations, en effet, et l’action des glaciers de tous temps qui ont donné naissance à la plupart de nos lacs de montagne.


Au paroxysme des glaciations  nos vallées alpines étaient totalement  occupées par les glaciers qui atteignaient souvent des épaisseurs considérables. Lorsque les glaciers se sont retirés entre - 18 000 et - 15 000 ans, les dépressions, petites ou grandes, abandonnées par la glace ont été aussitôt remplies par l’eau puis de sédiments par l’alluvionnement des rivières.


Mer de GlaceAu retrait des glaciers würmiens, des lacs, parfois très profonds, se sont installés dans ces vallées approfondies par l’érosion glaciaire, c’est  le phénomène appelé « surcreusement », citons pour exemple, le Lac des Quatre Cantons, le Lac Léman, ceux d’Annecy et du Bourget. D’autres n’existent plus, dans la Vallée de l'Isère entre Grenoble et Pontcharra, le lit rocheux s’enfonce à plus de 500 m (534 m, sondage automne 2 000) sous la plaine alluviale actuelle. Au retrait du Glacier würmien de l’Isère, il y a 18 000 ans, un lac aussi grand que le Léman persista pendant quelques millénaires avant que les apports de l’Isère ne le comblent en totalité. Au retrait du glacier du Rhône, l’actuel Léman s’étendait 30 km plus en amont, il est actuellement, comme la plupart, en phase de comblement. Ici, le surcreusement atteint des valeurs exceptionnelles ; le fond d’auge, le substratum, qui était en contact avec le glacier se trouve 1000 m sous la surface actuelle de la vallée, soit  à la cote – 600 m.


Beaucoup de ces lacs ont maintenant disparu à la suite du remblaiement post glaciaire par les alluvions des rivières.

L’existence de ces plans d’eau est intimement liée à une longue histoire ponctuée de phases d’érosion et de remblaiement. Les lacs que nous contemplons aujourd’hui ont bien souvent des origines très diverses que nous tenterons de cerner en quelques lignes. 

 

Les lacs de barrage par un glacier




Ils sont actuellement fort rares, conséquence de la décrue  des glaciers depuis la fin du 19e siècle. Au petit âge glaciaire, entre le 16e et 19e siècle, quelques hautes vallées étaient barrées fréquemment par les langues glaciaires en crue. C’était le cas dans le haut Val de Bagne, (évoqué dans l’historique) ; les avalanches de séracs issues du front du glacier de Giétroz avaient formé un volumineux cône de glace qui  barrait l’écoulement de la Drance de Bagne, provoquant ainsi une vaste retenue d’eau en amont. La rupture du barrage de glace représentait le principal danger d'une telle situation, cette débâcle se produisit plusieurs fois entre la fin du moyen âge et le 19 è siècle.

Le même scénario se déroulait au fond de la vallée de Saas–Fee ; la langue terminale du glacier de l’Allalin et sa puissante moraine barrait la vallée, formant ainsi le lac de Matmark.  Dans le Valais, le glacier d’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes, est responsable de la formation d’un des plus beaux lacs glaciaires : le lac de Marjeelen. Situé en rive gauche, dans un vallon secondaire entre le Strahlhorn et l’Eggishorn, son extension est de nos jours assez faible, on a peine à imaginer les dangers directement liés au volume qu’il représentait jadis (voir Petit Age Glaciaire, Grand glacier d’Aletsch).

A l’époque glaciaire, ces lacs étaient nombreux et certains recouvraient de très grandes surfaces. Au maximum de la dernière glaciation, le Triève était ainsi entièrement occupé par un lac, les basses vallée du Drac et de la basse Gresse étaient barrées par le glacier de l’Isère jusqu’à l’altitude de 1 100 m. Un courant glaciaire s’insinuait, s’écoulait à contre pente, obstruant les deux vallées. Le barrage glaciaire retenait ainsi le vaste lac du Triève.

Si nous remontons un peu dans le passé des glaciations du quaternaire, nous pouvons citer entre autres le gigantesque lac de la Saône. Au cours des glaciations du Riss, époque de la plus grande extension des glaciers alpins, le volumineux lobe du glacier du Rhône recouvrait la région lyonnaise et les Dombes, venant en contact avec l’éperon rocheux de St Rambert l’Ile Barbe au Nord de Lyon. Il barrait la Saône et ainsi déterminait un vaste plan d’eau se développant sur une distance de 200 km dans lequel venait mourir le gigantesque lobe de glace qui recouvrait les Dombes.
 

Les lacs de barrage par une moraine


 

Lac de barrage morainiqueIls sont plus nombreux à avoir échappé au remblaiement post-glaciaire, c’est le cas du lac de Laffrey (Isère), de Retournemère (Vosges) ou bien du lac Bénit (Haute Savoie), citons aussi les lacs de Chalain et du Val dans le Jura. Beaucoup d’entre eux ont disparu ; l’étanchéité du barrage morainique est imparfaite, particulièrement fragilisée par l’incision du torrent émissaire du plan d’eau. Ainsi, depuis le retrait des glaciers, de nombreux lacs ont disparu. Le glacier a souvent disparu depuis des millénaires, mais le barrage morainique, parfois intact, autorise toujours la présence du lac, à l’exemple du lac de Champex. Ce lac doit son existence à la moraine latérale abandonnée par l’ancien glacier du val Ferret, il y a 15 000 ans.

Le plus bel exemple actuel est remarquablement illustré par le lac du Miage sur le versant italien du Mont-Blanc, le plan d’eau se forme entre la moraine du Petit Age Glaciaire et le glacier.

 

Les lacs de surcreusement ou d’ombilic




Ils constituent la plus grande majorité des lacs des Alpes ; le parc des Ecrins et le pays du Mont-Blanc en comprennent plus d’une vingtaine. La plupart des grands lacs alpins sont hérités des grands surcreusements glaciaires, à l’exemple du lac Léman, du lac d’Annecy.

Pendant le « Würm », d’immenses glaciers s’écoulaient dans les grandes vallées alpines, leur épaisseur était parfois considérable. L’écoulement de leur masse de glace façonnait les reliefs et approfondissait les auges et les ombilics. Les formes d’érosion à l’exemple des roches moutonnées et les formes de dépôts, essentiellement des moraines, abandonnées sur les flancs des vallées nous indiquent parfois l’altitude atteinte par la surface de la glace : 2 600 m sur La Bérarde, 1 100 m sur Grenoble, 1 900 m sur Sallanches, 2 800 m sur la haute vallée du Rhône, 2 000 m sur Martigny, 1 200 m sur Genève. L’approfondissement des ombilics atteint souvent des valeurs considérables. Dans la vallée du Rhône, en amont du verrou de Saint Maurice, le surcreusement atteint 900 m sous la ville de Martigny, soit 500 m sous le niveau de la mer.

Lac des quatres cantonsEn bordure de la chaîne alpine, les endroits où les glaciers étaient gênés dans leur écoulement présentent de gigantesques sillons d’érosion qui constituent les bassins de nombreux lacs périalpins comme le lac des Quatre Cantons.

Au retrait des glaciers würmiens, des lacs parfois très profonds se sont installés dans les vallées surcreusées.  La plupart des vallées, comme celles de l’Arve ou du Rhône en amont du lac Léman,  présentaient un chapelet de lacs comblés en quelques millénaires par les sédiments fluviatiles. Parmi ceux qui ont échappé au comblement, citons quelques exemples bien connus : le lac des Quatre Cantons, occupé par l’écoulement du glacier de la Reuss qui s’avançait très loin sur le plateau Suisse,  le Lac Léman, vaste cuvette creusée dans la molasse du tertiaire par la pression des 1 500 m d’épaisseur de glace du glacier du Rhône à chaque épisode glaciaire. Les lacs d’Annecy et du Bourget ont échappé au comblement car aucune rivière puissante ne les traverse. Nombre d’entre eux n’existent plus ; comme celui du Grésivaudan entre Grenoble et Albertville. Il y a 14 000 ans, alors que le glacier de l’Arve se retirait dans la vallée de Chamonix, les ombilics de Bonneville et de Sallanches furent occupés par de volumineux plans d’eau.

De nos jours, la plupart des lacs d’altitude que nous admirons représentent des remplissages lacustres d’anciens cirques glaciaires, à l’exemple du lac Cornu dans les Aiguilles Rouges.
Mis à jour ( Vendredi, 14 Novembre 2008 10:25 )