Les lacs d'origine glaciaireAu paroxysme des glaciations nos vallées alpines étaient totalement occupées par les glaciers qui atteignaient souvent des épaisseurs considérables. Lorsque les glaciers se sont retirés entre - 18 000 et - 15 000 ans, les dépressions, petites ou grandes, abandonnées par la glace ont été aussitôt remplies par l’eau puis de sédiments par l’alluvionnement des rivières. Beaucoup de ces lacs ont maintenant disparu à la suite du remblaiement post glaciaire par les alluvions des rivières. L’existence de ces plans d’eau est intimement liée à une longue histoire ponctuée de phases d’érosion et de remblaiement. Les lacs que nous contemplons aujourd’hui ont bien souvent des origines très diverses que nous tenterons de cerner en quelques lignes. Les lacs de barrage par un glacierIls sont actuellement fort rares, conséquence de la décrue des glaciers depuis la fin du 19e siècle. Au petit âge glaciaire, entre le 16e et 19e siècle, quelques hautes vallées étaient barrées fréquemment par les langues glaciaires en crue. C’était le cas dans le haut Val de Bagne, (évoqué dans l’historique) ; les avalanches de séracs issues du front du glacier de Giétroz avaient formé un volumineux cône de glace qui barrait l’écoulement de la Drance de Bagne, provoquant ainsi une vaste retenue d’eau en amont. La rupture du barrage de glace représentait le principal danger d'une telle situation, cette débâcle se produisit plusieurs fois entre la fin du moyen âge et le 19 è siècle. Le même scénario se déroulait au fond de la vallée de Saas–Fee ; la langue terminale du glacier de l’Allalin et sa puissante moraine barrait la vallée, formant ainsi le lac de Matmark. Dans le Valais, le glacier d’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes, est responsable de la formation d’un des plus beaux lacs glaciaires : le lac de Marjeelen. Situé en rive gauche, dans un vallon secondaire entre le Strahlhorn et l’Eggishorn, son extension est de nos jours assez faible, on a peine à imaginer les dangers directement liés au volume qu’il représentait jadis (voir Petit Age Glaciaire, Grand glacier d’Aletsch). A l’époque glaciaire, ces lacs étaient nombreux et certains recouvraient de très grandes surfaces. Au maximum de la dernière glaciation, le Triève était ainsi entièrement occupé par un lac, les basses vallée du Drac et de la basse Gresse étaient barrées par le glacier de l’Isère jusqu’à l’altitude de 1 100 m. Un courant glaciaire s’insinuait, s’écoulait à contre pente, obstruant les deux vallées. Le barrage glaciaire retenait ainsi le vaste lac du Triève. Si nous remontons un peu dans le passé des glaciations du quaternaire, nous pouvons citer entre autres le gigantesque lac de la Saône. Au cours des glaciations du Riss, époque de la plus grande extension des glaciers alpins, le volumineux lobe du glacier du Rhône recouvrait la région lyonnaise et les Dombes, venant en contact avec l’éperon rocheux de St Rambert l’Ile Barbe au Nord de Lyon. Il barrait la Saône et ainsi déterminait un vaste plan d’eau se développant sur une distance de 200 km dans lequel venait mourir le gigantesque lobe de glace qui recouvrait les Dombes. Les lacs de barrage par une moraineLe plus bel exemple actuel est remarquablement illustré par le lac du Miage sur le versant italien du Mont-Blanc, le plan d’eau se forme entre la moraine du Petit Age Glaciaire et le glacier. Les lacs de surcreusement ou d’ombilicIls constituent la plus grande majorité des lacs des Alpes ; le parc des Ecrins et le pays du Mont-Blanc en comprennent plus d’une vingtaine. La plupart des grands lacs alpins sont hérités des grands surcreusements glaciaires, à l’exemple du lac Léman, du lac d’Annecy. Pendant le « Würm », d’immenses glaciers s’écoulaient dans les grandes vallées alpines, leur épaisseur était parfois considérable. L’écoulement de leur masse de glace façonnait les reliefs et approfondissait les auges et les ombilics. Les formes d’érosion à l’exemple des roches moutonnées et les formes de dépôts, essentiellement des moraines, abandonnées sur les flancs des vallées nous indiquent parfois l’altitude atteinte par la surface de la glace : 2 600 m sur La Bérarde, 1 100 m sur Grenoble, 1 900 m sur Sallanches, 2 800 m sur la haute vallée du Rhône, 2 000 m sur Martigny, 1 200 m sur Genève. L’approfondissement des ombilics atteint souvent des valeurs considérables. Dans la vallée du Rhône, en amont du verrou de Saint Maurice, le surcreusement atteint 900 m sous la ville de Martigny, soit 500 m sous le niveau de la mer. Au retrait des glaciers würmiens, des lacs parfois très profonds se sont installés dans les vallées surcreusées. La plupart des vallées, comme celles de l’Arve ou du Rhône en amont du lac Léman, présentaient un chapelet de lacs comblés en quelques millénaires par les sédiments fluviatiles. Parmi ceux qui ont échappé au comblement, citons quelques exemples bien connus : le lac des Quatre Cantons, occupé par l’écoulement du glacier de la Reuss qui s’avançait très loin sur le plateau Suisse, le Lac Léman, vaste cuvette creusée dans la molasse du tertiaire par la pression des 1 500 m d’épaisseur de glace du glacier du Rhône à chaque épisode glaciaire. Les lacs d’Annecy et du Bourget ont échappé au comblement car aucune rivière puissante ne les traverse. Nombre d’entre eux n’existent plus ; comme celui du Grésivaudan entre Grenoble et Albertville. Il y a 14 000 ans, alors que le glacier de l’Arve se retirait dans la vallée de Chamonix, les ombilics de Bonneville et de Sallanches furent occupés par de volumineux plans d’eau. De nos jours, la plupart des lacs d’altitude que nous admirons représentent des remplissages lacustres d’anciens cirques glaciaires, à l’exemple du lac Cornu dans les Aiguilles Rouges. |
| Mis à jour ( Vendredi, 14 Novembre 2008 10:25 ) |


