Le glacier de l'Arve pendant le Tardiglaciaire : La présence des blocs de granite de Combloux


Au cours d'une période communément appelée Tardiglaciaire (entre – 18 000 et – 10 000 ans), les larges fleuves de glace qui s'écoulaient jusqu'aux plaines de la bordure des Alpes se sont peu à peu fragmentés en glaciers de vallée individualisés, mais assez puissants pourtant pour occuper encore les vallées alpines. Ces glaciers ainsi réduits n'ont pourtant pas fondu de façon continue : ils ont connu de nombreuses phases de progression et de stagnation, dues à des péjorations climatiques. Ces stades de progression  ont laissé des traces sous la forme de vallums morainiques parfois imposants, comme à Monthey pour le glacier du Rhône, dans la région de Meiringen pour le glacier de l'Aar, dans la région de Brigue pour le glacier d'Aletsch et enfin au dessus de Sallanches ou au Fayet pour le glacier de l'Arve.


Bloc du MédonnetPendant cette période, le puissant glacier qui réunissait tous les appareils issus du massif du Mont-Blanc et des Aiguilles Rouges a régressé en marquant des temps d'arrêt, et parfois de petites « réavancées ». Entre  - 18 000 et - 17 000 ans, le glacier a stationné dans le bassin de Sallanches ; ce puissant appareil, dont le front se situait un peu en aval de Magland, transportait à sa surface des blocs granitiques provenant des aiguilles de Chamonix et des blocs de gneiss issus du glacier du Bon Nant. On retrouve ces dépôts en rive gauche du glacier. L'accumulation de matériaux est particulièrement volumineuse et matérialisé par les imposantes accumulations de blocs erratiques de granite en rive gauche, entre Combloux et Cordon.

Boule de SévrierA Combloux, ces accumulations de blocs erratiques ont été le théâtre d'une exploitation qui a commencé au milieu du XIXème siècle. En effet, le roi de Piémont Sardaigne de la dynastie de la Maison de Savoie, Charles Albert, a fait venir du Piémont et de la région du lac Majeur, de la main d'oeuvre qualifiée, lors de la reconstruction de Sallanches, incendiée en 1840. En 1938, une centaine de tailleurs de pierre oeuvraient à Combloux et Domancy. On tirait de cette pierre des monuments funéraires, des bordures de trottoirs, des encadrements de portes et fenêtres, des bassins...des meules à moulin dont certaines ont été exportées en Israël et en Algérie. De grands ouvrages ont été également réalisés en granite de Combloux : Boule de Sévrier, éléments de la sculpture commémorant le 20ème anniversaire des JO de Grenoble (1968), Thermes de St-Gervais, Calvaire de Megève, Pont du Mont-Blanc à Genève...) La dernière réalisation date de décembre 1996 : un bloc de granite tranché marque l'entrée du village et exprime la mise en valeur de la matière par le travail de l'homme (sources : Christine Burnier, OT Combloux).


On distingue dans le paysage deux niveaux morainiques


Un niveau morainique supérieur


Cartes du Glacier de L'Arve entre -18000 et -16000 ansCet ensemble de cordons morainiques dessine parfaitement la rive gauche du glacier,  depuis le village de Combloux à l'altitude de 945 m en passant par le Pelloux (927 m), la Combaz (930 m), le Creux (950 m), Mabert (880 m) et Cordon (840m) où le glacier a permis l'édification d'une vaste terrasse correspondant à l'emplacement d'un paléo lac latéral retenu par le glacier. Plus au Nord, après l'incision du ruisseau « la Sallanches », on retrouve plusieurs cordons morainiques entre les hameaux de Ste Anne (840 m) et le Crêt (725 m). A une douzaine de kilomètres en aval de Combloux, au Nord de la barre calcaire de Pierre à Voix, près du hameau de Saxel à 610 m, on note un replat où affleurent quelques blocs erratiques granitiques. Près du village de Gravin, on observe un reliquat de moraine sans forme caractéristique  (550m). Nous avons ainsi désigné cette étape de la déglaciation sous l'appellation de« stade glaciaire de Magland ».

A l'amont du bassin de Sallanches, des formes de dépôts, témoins de ce stade de Magland sont encore visibles dans le paysage :
- en rive gauche, sous le col de la Forclaz (commune des Houches) à l'alpage de Manchoir (1450 m), un replat probablement d'origine morainique est observable.
De même, au nord de Saint-Gervais, entre 950 et 1250 m d'altitude, une puissante masse morainique à Montfort dans laquelle se sont formées des « cheminées de fée » est entaillée par les Nant Gibloux et Nant Ferney. Cette volumineuse accumulation doit son origine à la confluence des glaciers de l'Arve et du Bon-Nant. Les éléments sont très hétérométriques et composés majoritairement de granite.
- en rive droite, en face du village des Houches, plusieurs complexes morainiques ont été étudiés. Il s'agit des moraines du Lac Noir, parmi lesquelles nous avons distingué trois niveaux, aux altitudes de 1600 m, 1530 m et 1510 m.


Le niveau morainique inférieur

On suit sur une distance d'environ 6 km les traces d'un stationnement du glacier en contrebas du précédent. Le plateau sportif de Combloux est installé sur un remplissage externe au cordon morainique (880 m) que recoupe la route nationale. Depuis cet endroit, la ride morainique est pratiquement continue jusqu'au hameau d'Aigue Pottaz (790 m). Au-delà,  la route du Crêt recoupe à l'altitude de 620 m une petite crête morainique boisée. La position du front du glacier, vraisemblablement en aval de Sallanches, nous est suggérée par la présence d'une petite moraine latéro-frontale, 50 m au-dessus du plancher alluvial, au niveau de la barre calcaire de Pierre à Voix. Nous l'avons ainsi nommé « stade glaciaire de Pierre à Voix ».

Blocs de l'HerneyBien plus haut, à l'altitude de 1500 m, au dessus du village de Cordon, on découvre, sous la croix du Planet, les blocs erratiques de granite de l'Herney ; ils témoignent d'une époque antérieure (- 20 000 ans), le front du glacier de la vallée de l'Arve s'avançant encore entre La Roche sur Foron et Annemasse.